Simon Pasieka et Nazanin Pouyandeh

 
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L'atelier à la résidence sera ouvert le dimanche15 juillet à 14h30. Simon Pasieka et Nazanin Pouyandeh, artistes sélectionnés pour une résidence en 2018 présenteront  leur travail de peinture en cours. Le public pourra poser toutes les questions qu'il désire.



Regarder sur You Tube le dialogue entre Simon PASIEKA et Nazanin POUYANDEH à propos de leur exposition du 14 octobre au 20 décembre 2017 au Centre d'Art Contemporain à cent mètres du centre du monde Perpignan, un film de Patrick Noël ©2017

Simon Pasieka


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Farben, 2011, tempera et huile sur toile, 200 x 200 cm


Les tableaux de Simon Pasieka ont quelque chose d’inquiétant : ils sont sans bruit. Comme si une étoile explosait dans une galaxie lointaine mais que le manque d’atmosphère nous empêchait de l’entendre. Ces sont des images au-delà de l’idylle et de l’utopie. Les filles et les garçons qui peuplent les tableaux apparaissent comme des clones. Ils ne sont pas  virtuels ! Ils sont les incarnations d’un souvenir qui n’est plus. Ils ne sont obligés ni de manger, ni de chier, ni de pisser. L’ignorance du désir donne  aux  rapports  affectueux  la  forme  d’une  communication éthérée, se déroulant au ralenti. Ce ne sont pas des zombies  non  plus car  ils ont laissé la mort derrière eux. Ils interprètent un rituel qui les mène d’un campement à l’illumination élégiaque et mutuelle.
Le  programme est, on ne sait comment, téléguidé. C’est pourquoi les images de Simon Pasieka ne sont pas sans danger. Si le programme venait à changer, ces adolescents pourraient  se  transformer en monstres. Grâce et beauté  pourraient se  muer en froideur glaciale.
L’artiste  est  un  loup  déguisé en agneau.  Les  œuvres  sont à la fois subversives et naïves.
Expliquons-nous : Simon Pasieka intériorise de manière visionnaire un conflit qu’une jeune génération d’artistes a très précisément mis au jour. C’est-à-dire : une attitude (potentiellement) critique ne s’exhibe plus de manière distanciée dans le sens d’une déconstruction mais est  vécue mentalement et émotionnellement comme la contradiction de la propre expérience corporelle.
Une contradiction qui n’est plus de nature antagoniste mais circulaire, sapant ainsi les niveaux de conscience. (...)
Jean-Christophe Ammann, 2011

 

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Nazanin Pouyandeh


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La Cité céleste, 2016, huile sur toile, 185 x 250 cm

 

Lorsqu’on découvre une peinture de Nazanin Pouyandeh, on fait face à une figuration narrative difficile à décrypter, on ne cesse de se poser des questions. On est de plain-pied dans l’image, voire dans l’imagerie (une facture lisse et une profusion de détails), avec une théâtralité affirmée, et pourtant le mystère demeure, le doute persiste. En général, chez Pouyandeh, dans des ambiances bleutées et des paysages automnaux ou hivernaux, se donnent à voir, souvent au crépuscule, des scènes de genre, réunissant deux ou trois personnages, ou bien un groupe de six ou sept personnes, pas plus. Il est en train de se passer quelque chose mais on ne sait trop quoi. En tout cas, au sein d’une scénographie très étudiée, un danger est imminent.
Le  visiteur flotte dans une zone d’incertitude : on est, pour reprendre une expression bien connue des raconteurs d’histoires (cela peut aller de L’Iliade d’Homère jusqu’aux westerns baroques de Sergio Leone via Molière), in medias res, à savoir « au milieu des choses ».  Plongé au cœur de l’action, le lecteur ou le spectateur fait face, sans beaucoup de préalables, à une situation et ce n’est qu’après coup que les événements qui précèdent lui seront relatés. En évitant ainsi de grandes scènes d’exposition, souvent laborieuses, qui servent à définir classiquement  les personnages, le cadre et le conflit, ces narrateurs inventifs, jouant brillamment avec le temps (notamment par le recours aux flashbacks et flashforwards, bonds dans le passé ou dans le futur), offrent au public une façon d’entrer dans l’histoire très vivante. Reprenant finement ce procédé narratif, la peintre narrative Nazanin Pouyandeh, qui puise dans un répertoire d’images très variées (la peinture ancienne, les arts premiers mais aussi la BD, la photographie, le cinéma, la télévision, le jeu vidéo et Internet), rend ainsi sa peinture des plus vivantes.
Le  regardeur, face à un tigre  bondissant, à un homme en train de tenir au-dessus de sa tête un brasier ou à une femme s’apprêtant à déguster son homme, est dans l’attente, il bute frontalement devant une image « gelée » présentant un effet de bascule, un temps suspendu, un suspense à l’œuvre.
On ne sait jamais sur quel pied danser : on est au milieu du gué et c’est à nous de nous débrouiller pour inventer, si l’on veut, l’amont ou l’aval  d’une scène peinte, d’autant plus que l’artiste ne donne pas spécialement de clés pour décoder son univers sous tension : « Mes tableaux sont des scènes de la vie contemporaine, mais des instants et des actions figés et suspendus dans un non-temps éternel. Le souci de l’avant et de l’après ne se pose pas, aucune histoire ne se déroule en dehors de l’espace-temps du tableau. »

De  plus, ses images, même si certains protagonistes ou symboles (la jeune femme brune, le serpent, le feu, la Terre Mère, le masque indien ou assyrien...) sont récurrents, sont différentes les unes des autres, il n’y a pas forcément de continuité entre elles, la jeune plasticienne s’interdisant de refaire deux fois la même image ou la même scène : « Je cherche toujours à créer de nouvelles images, afin de ne pas me répéter. Du coup, je prends à chaque fois un nouveau risque, un artiste ne peut pas rester dans une zone de confort. Quand je peins, je n’expose pas physiquement bien sûr ma vie à un risque, mais je mets mon œuvre et mon esprit en danger afin de créer du nouveau, de l’inattendu, et d’éviter  ainsi  d’emprunter  sentiers  battus  et  formules faciles. »

De ce mystère à l’œuvre naît la singularité d’une telle peinture car, à l’instar de nos rêves, cet art énigmatique présente des scènes ouvertes laissant libre cours à notre imaginaire et à nos propres projections fantasmatiques. Avec cette peinture de « temps arrêtés », ou d’arrêts sur image, on investigue, on plonge dans un jeu de piste, on « se fait une toile ». Bref, on se fait un film, qui lorgne aussi bien du côté du cinéma d’auteur, façon drame intimiste, que du blockbuster ou du film de série Z italien. Ce grand écart entre les genres s’invitant dans la surface-écran de la toile, écart qui se retrouve notamment dans le processus même du rêve réunissant des contraires, est également présent dans l’entre-deux qui ne cesse de nourrir sa production artistique.

Vincent Delaury, 2016, in Catalogue de l'exposition Nazanin Pouyandeh, Mont de Marsan (5 février - 2 avril 2016)

 

 

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